UNE NOUVELLE SÉLECTION D’œuvres DU NIGÉRIA

Sur le plateau des Collections

Contenu

Sur les rives du fleuve niger

La nouvelle zone du parcours Afrique s’articule autour d’une « place de danse » au centre de laquelle trône le masque monumental ijele en éléments végétaux et tissus de couleurs vives. Héritier de cette tradition, l’artiste igbo Mike Chukwukelu a créé cet imposant ijele spécialement pour l’exposition parisienne Magiciens de la Terre en 1989 ; l’œuvre intégra par la suite les collections nationales.

Ci-dessus : photos du masque ijele de Mike Chukwukelu, sur le plateau des Collections (novembre 2021) © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer

Thématique de la couleur

Autour de ce masque multicolore haut de plus de trois mètres, une nouvelle sélection d’œuvres du Nigéria met en valeur des éléments d’architecture sculptés et une nouvelle thématique autour de la couleur.

La grande diversité des nuances de couleurs des perles de verre est mise en avant dans une présentation d’objets cultuels yoruba perlés ou enrichis de cauris qui se rattachent à Ifa (divination), Orisa Oko (agriculture) et Shango (tonnerre et fertilité). Ce bel ensemble illustre la modernité de décors abstraits, figuratifs ou symboliques en deux ou trois dimensions au service des cultes les plus prestigieux et de la royauté.

Cet espace transculturel rassemble des collections anciennes mais aussi de nouvelles acquisitions, en particulier le don du photographe et collectionneur Xavier Richer.

Perlages yoruba
Fers rituels d'Osanyin
Boites cultuelles Yoruba
Ci-dessus, de haut en bas : 1_ Perlages yoruba ; 2_ Fers rituels d'Osanyin ; 3_ Boites cultuelles Yoruba
Plateau des Collections (novembre 2021) © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photos Julien Brachhammer.

Les cartels en détail

Boîtes cultuelles yoruba

Boîte ile ori bayaani 70.2019.57.13.1-3
Boîte ile ori 70.2019.57.11.1-3
Boîte ade ori Baayanni 73.1997.4.125.1-2

Olorun, Dieu créateur et modèle de la royauté humaine, siège au ciel entouré d’un panthéon d’orisha (divinités secondaires) qui organisent la communication entre les hommes et le divin. Les yoruba, établis au sud-ouest du Nigéria et au sud-est du Bénin (Kétou et Sabé), étaient à l’époque pré-coloniale organisés en royaumes qui se rattachent par filiation à la ville mythique d’Ife, lieu de création du monde. Leurs productions artistiques expriment à travers le bois, terre cuite, métal, textile, perlages, une vision du monde puissante animée par l’énergie vitale (ashe).

Boîte ile ori bayaani

  • Nigéria
  • 19e - Début du 20e siècle
  • cauris, tissu, cuir, métal, fibres, végétales, pierre.
  • 70.2019.57.11.1-3

Cette  boîte  à  compartiment abrite  l’ibori,  des  objets  de petite  taille  remplis  de  poudre divinatoire  et  ingrédients magiques.  Ils  évoquent  la  force et l’endurance de la personnalité individuelle. Les cauris, monnaie de l’époque pré-coloniale, appellent  à  la  bénédiction  matérielle et attestent de l’accomplissement de  la  destinée.

  • Anciennes collections du Dr Gosse (Paris) et du collectionneur et photographe Xavier Richer.
  • Don Xavier Richer.

Boîte ile ori

  • Nigéria 19e - début du 20e siècle
  • tissu, cuir, coton, cauris, métal, miroir, pierre de foudre
  • 70.2019.57.13.1-3

Cet objet est un ile ori, petit habitat conçu spécialement pour abriter l’ibori, objet symbolisant la « tête intérieure », la destinée de celui auquel il est lié. Sa forme est issue de la couronne royale, allusion directe à la sacralité de la tête. La couleur rouge ou la pierre de foudre évoquent la divinité Shango du tonnerre et de la pluie, et par extension la richesse et la fertilité.

  • Anciennes collections Gert Stoll et Xavier Richer.
  • Don Xavier Richer 

Boîte ade ori  Baayanni

  • Nigéria
  • Entre la fin du 19e et le début du 20e siècle
  • cauris, perles de verre, cuir, métal
  • 73.1997.4.125.1-2

Cette  boîte  était  utilisée  dans le  cadre  du  culte  de  Baayanni, frére  aîné  de  la  divinité  Shango qui,  au  contraire  de  ce  dernier, est  de  caractère  paisible  et patient.

  • Ancienne collection Musée Barbier-Mueller, Genève.
  • Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie à Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller

Boîtes cultuelles yoruba

Portes sculptées du Nigéria et du Bénin

Porte yoruba attribuée à Areogun d’Oso-Ilorin (1880 - 1954) (à gauche) et igbo (à droite) sur le plateau des collections © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer
Porte nupe attribuée à Musa Saidu © musée du quai Branly - Jacques Chirac.
Porte Yoruba (Leku) © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer

Les espaces architecturaux, dans un contexte prestigieux – les cours intérieures ou les entrées des palais en pays yoruba et nupe, ou cultuel – les maisons de réunion des hommes en pays igbo. La fonction d’accueil de la porte est soulignée par un langage décoratif local destiné à illustrer le statut d’un homme ou d’un groupe : figures animales et humaines, symboles auspicieux, images évoquant autorité et pouvoir. Les modèles nupe à plusieurs vantaux couverts de motifs ont fait la réputation du centre de sculpture de Lapai.

Porte

  • Population igbo
  • Nigéria
  • Entre la fin du 19e  et le milieu du 20e siècle
  • bois
  • 73.1990.1.1

Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie auprès d’Acher Eskenasy.

Porte

  • Areogun  d’Oso-Ilorin (1880 - 1954)
  • Population yoruba
  • Nigéria
  • Première moitié du 20e siècle
  • bois
  • 73.1997.4.66

Cette  porte  de  palais  en  bas- relief  présente  de  haut  en  bas une  superposition  de  cinq bandeaux  historiés ;  on  y remarque  des  scènes  de  la  vie quotidienne,  deux  femmes pilant ;  d’autres  scènes  relatent des  conflits  telle  cette  femme aux  prises  avec  des  soldats au deuxième registre, ou encore des  soldats  et  des  musiciens avec  un  captif  attaché  à  un bouclier  au  dernier  registre.

  • Ancienne collection musée Barbier-Mueller, Genève. Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie à Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller

Porte sculptée  par  Musa  Saidu

Cette porte se compose de deux panneaux  où  sont  sculptés  un pangolin, une épée, une paire de sandales,  une  tortue,  un  oiseau et  un  python,  un  cadre  de miroir, une couverture de coran, une  amulette  coranique. L’ensemble  de  ces  éléments symbolise  l’opposition  nature et  culture.

  • Ancienne collection musée Barbier-Mueller, Genève.
  • Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie à Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller

Porte leku

  • Population yoruba
  • Bénin, département du Zou, village de Gauru
  • 19e - début du 20e siècle
  • bois d’iroko
  • 71.1931.74.2426

Le  cavalier  coiffé  d’une  haute couronne,  à  droite  et  un  couple enlacé  à  gauche  forment les sujets  principaux  de  la  porte. Une  planche  coranique,  un lézard,  un  serpent,  une  poule, un  couteau  dans  son  fourreau et  les  entrelacs  royaux  très géométrisés  entourent  ces personnages. Toutes ces images, qui n’ont pas de lien entre elles, sont  très  fréquentes  dans le  répertoire  yoruba.  Elle  se réfèrent  parfois  à  la  tradition orale,  citation  de  la  sagesse populaire,  qui  prennent  une forme  visuelle  ou  des  supports de  critique  sociale.

Portes sculptées du Nigéria et du Bénin

Masque ijele

Masque ijele, de Mike Chukwukelu, sur le plateau des Collections en novembre 2021 © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer

Manifestation des esprits d'ancêtres ou de divinités, le monumental masque ijele implique la communauté qui en est le commanditaire. Sa conception réclame d'importants moyens financiers et une année de travail par un artiste spécialisé qui s'entoure d'artisans. L'incorporation d'éléments importés et les variations chromatiques sont très appréciés. 

Porté par un seul homme, à la suite de masques plus petits, l'ijele est une cérémonie publique exceptionnelle. Sa sortie est célébrée par des chants de louange, la présence d'orchestres, des danses et un public qui rivalise d'élégance pour l'événement.

Masque ijele

  • Mike  Chukwukelu  (né  en  1945)
  • Nigéria, état d'Anambra, ville d'Awkuzu 1989
  • bois, textile, laine
  • n°73.1998.27.120

Ce masque ijele fut conçu pour l'exposition parisienne Les Magiciens de la Terre en 1989 qui fut la première en France à réunir des artistes contemporains du monde entier. Initié  auprès  de  son  père  à  la  création de  ce  type  de  masque,  l'artiste  Mike Chukwukelu  prépara  à  Akwuzu  les  140 éléments  de  l'œuvre avec  des  artisans.

Il supervisa le plan général et l'assemblage du grand masque à Paris. 

  • Don de l'association de gestion de la Grande Halle de la Villette.

Masque ijele

Fers cultuels yoruba

Fers rituels d’Osanyin

Osanyin, divinité  des  plantes médicinales, connaît la pharma­ copée  traditionnelle  issue  de  la forêt.  Ses  compétences  dans  le domaine  curatif  des  maladies physiques et mentales complètent celles  d’Ifa­Orunmila  à  travers son praticien, le devin­herboriste, pour  combattre  les  esprits surnaturels malveillants. 

Son emblème  en  fer  forgé,  un  arbre peuplé de seize oiseaux dominés par l’oiseau de Sanpona (variole), s’enfonce  en  terre  comme  un végétal.  Comme  Olodumare / Olorun,  le  dieu  créateur,  il  voit tout  et  porte  assistance  à l’humanité  qu’il  surplombe.

  • Ancienne collection musée Barbier­Mueller, Genève.
  • Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie à Monique et Jean­Paul Barbier­Mueller
Fers rituels (cliquer pour en savoir plus)

Fers cultuels yoruba

Le pouvoir du verbe et des plantes en pays yoruba

Le devin, Babalawo, et le guérisseur, Onisegun, établissent des liaisons entre le remède, issu d’une combinaison de plantes médicinales, et les signes d’Ifa dessinés sur la poudre du plateau divinatoire.

Les recettes médicinales qui exploitent les propriétés agissantes des plantes sont associées à une incantation, ofo, prononcée au moment de la préparation, ou de l’emploi, affirmant la puissance activante du verbe. L’ofo garantit la réalisation de l’objectif : guérison de nombreuses affections, résultats dans le cadre d’une utilisation maléfique ou d’une protection.

Le pouvoir du verbe et des plantes en pays yoruba

Perlages Yoruba

Les perles de verre opaques ou translucides produites en Bohême et à Venise ont constitué une monnaie d’échange pendant des siècles entre Européens et Africains.

Les Yoruba (Bénin / Nigéria) ont développé l’art du perlage, combiné avec les cauris, avec une créativité et une maîtrise exceptionnelles : marques d’un statut d’exception, couronnes, sceptres, sacs et emblèmes perlés dont les couleurs sont symboliquement associées aux divinités de leur panthéon, expriment visuellement richesse et pouvoir.

SACS DE DEVIN

Sac de devin n°70.2012.15.1
Sac de devin n° 70.2019.57.8
Sac de devin n°70.2001.29.1

Sacs de devin 

  • Seconde moitié du 20e siècle
  • textiles, perles de verre

Ce  sac  contenait  les  noix  de palme nécessaires à la divination. La  scène  représente  un  devin- herboriste  à  cheval  tenant un  bâton  de  fer  forgé  indiquant son  rang,  un  plateau  divinatoire et  le  tracé  des  signes  d’Ifa  sont représentés  en  partie  basse.

Sacs de devin 

  • 19e siècle - début du 20e siècle
  • cuir, textile, perles de verre
  • 70.2019.57.8

Ce  sac  pouvait  contenir  le matériel  divinatoire  notamment le  plateau  d’Ifa  et  les  seize  noix de  palme.  L’inscription  « Ogboni Erinmo » indique qu’il appartenait probablement  à  un  prêtre  d’Ifa (babalawo)  également  membre de  la  société  Ogboni  qui regroupe  les  membres  âgés de  la  communauté  et  traite  des relations  avec  la  terre.

  • Anciennes collections Alain Dufour puis Xavier Richer.
  • Don du photographe et collectionneur Xavier Richer 

Sacs de devin 

  • 20e siècle
  • cuir, perles de verre
  • Don du collectionneur suisse Udo Horstmann en 2001
  • 70.2001.29.1

SACS DE DEVIN

Sac de devin babalawo

Sac © musée du quai Branly - Jacques Chirac
  • Entre le milieu du 19e  et le début du 20e siècle
  • coton et perles de verre importés
  • 70.2015.58.1
  • Ancienne collection de l’artiste céramiste britannique Ian Auld.

Sac de devin babalawo

Collier-sac odigbà

© musée du quai Branly - Jacques Chirac
  • Entre le 19e  et le début du 20e siècle
  • fibres végétales, perles de verre, cuir
  • 70.2019.57.10

Ce type de collier est réservé aux plus grands devins babalawo qui ont  un  statut  comparable  à celui  des  Oba  (rois).  Les  deux poches  du  collier  symbolisent les  points  de  vulnérabilités  du devin, l’une des poches nommée ude isale, tombe sur  sa poitrine ; tandis  que  l’autre  poche, nommée  ude oke,  tombe  à  la base  de  son  cou. 

  • Don du photographe et collectionneur Xavier Richer 

Collier-sac odigbà

Emblème du culte d’Orisha oko

musée du quai Branly - Jacques Chirac
  • Entre le 19e et le début du 20e siècle
  • fer, laiton, cuir, textile, perles de verre
  • 70.2019.57.6.1-3

L’opa Orisha oko est  l’emblème cultuel  d’Orisha oko,  divinité dédiée  à  l’agriculture. Cet  emblème  se  compose  d’une grande lame « épée » en fer, d’un fourreau  et  d’un  bonnet perlés. Le  fourreau  de  cette  œuvre  est perlé  sur  les  deux  faces.

Anciennes collections des marchands d’art africain Pierre Loos, pour la lame de fer, et Marceau Rivière, pour les éléments perlés.

  • Ensemble regroupé par Xavier Richer.
  • Don Xavier Richer 

Emblème du culte d’Orisha oko

Fourreau de sabre cultuel Orisha oko

Fourreau de sabre cultuel Orisha oko © musée du quai Branly - Jacques Chirac.
  • 20e siècle
  • textile, cuir, perles de verre
  • Don des collectionneurs d’art africain Ewa et Yves Develon – 73.1996.7.1.1

Fourreau de sabre cultuel Orisha oko

Sabre cultuel opa Orisha oko

Sabre cultuel opa Orisha oko © musée du quai Branly - Jacques Chirac
  • 20e siècle
  • fer, laiton
  • 73.1997.4.166
  • Anciennes collections du marchand d’art africain Charles Ratton, puis du musée Barbier Mueller. 
  • Acheté par le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie à Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller

Sabre cultuel opa Orisha oko

Fourreau d’Orisha oko

Fourreau d’Orisha oko © musée du quai Branly - Jacques Chirac
  • Entre le 19e  et le début du 20e siècle
  • textiles, perles de verre, cuir
  • 70.2019.57.7
  • Anciennes collections du marchand d’art africain Alain Dufour puis de Xavier Richer. 
  • Don Xavier Richer

Fourreau d’Orisha oko

Poteaux de Palais royal

Poteau de palais royal n°71.1931.74.2418 © musée du quai Branly - Jacques Chirac
Poteau de Palais Royal n°71.1931.74.2376 © musée du quai Branly - Jacques Chirac

Poteau de palais royal

  • Population yoruba
  • Bénin, Savé
  • Fin du 19e - début du 20e siècle
  • bois de ayeci, pigments
  • 71.1931.74.2417

Ce poteau fut sculpté par un artiste de la ville de Kétou pour le palais du roi de Savé.

La thème du cavalier est une allusion à Oranmiyan, fils cadet d'Oduduwa, qui partit de la ville sacrée d'Ifé, comme ses seize frères et sœurs, pour fonder plusieurs grands royaumes yoruba.

Poteau de palais royal

  • Population yoruba
  • Bénin, Savé
  • Fin du 19e - début du 20e siècle
  • bois de ayeci et pigments
  • 71.1931.74.2418

Au centre de la sculpture, une figure féminine tient une coupe dans une main et une noix de kola dans l'autre. Elle exprime l'hospitalité et les valeurs de convivialité yoruba à l'égard du visiteur ou de l'invité à qui l'on offre à boire et des noix de kola en signe de bienvenue.

Poteau de palais royal

Poteaux de Palais royal

L'espace en images

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Le haut du masque ijele de Mike Chukwukelu, en arrivant sur le plateau des Collections (novembre 2021)

© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer