Amazonie

Nouvelles vitrines sur le plateau des collections

Contenu

Les vitrines en images

Vitrine "Chasse, guerre et cannibalisme" avec au centre de l'image la massue donnée en 2010 par Ropni Metyktire, grand leader autochtone connu sous le nom de Cacique Raoni.

décors et motifs chez les Wayana & les Apalaï

Tïmilikhem « ce qui peut être inscrit »

"La peinture corporelle (punu milikut), était notre vêtement. Le genipa (kupë) et le roucou (onot), mélangés à la terre et appliqués à l’aide de tiges d’arouman (wama), formaient les colorants naturels noirs et rouges employés pour ces décors. Aujourd’hui, le corps peint au genipa n’est d’usage que lors des fêtes dites « traditionnelles ». Les gens, surtout les jeunes, ne veulent plus se parer de motifs : les corps sont cachés par les vêtements de ville et les marchandises des blancs. Avant pourtant, tout était couvert de motifs."

Fils du plus grand spécialiste rituel des Wayana de Guyane française et dépositaire d’un important répertoire de savoirs traditionnels, Mataliwa Kuliyaman témoigne ici de l’importance des décors chez les Wayana et les Apalaï, dont la forme et la signification perdurent depuis des générations, ainsi qu’en témoignent cette sélection de pièces des 19e et 20e siècles, collectées par différents explorateurs et marchands.

« Chez nous, jadis, les motifs étaient partout. C’est pour ça que je voulais visiter les réserves du musée du quai Branly - Jacques Chirac, pour examiner le décor des pièces wayana anciennes. Je m’attendais à trouver des objets et des motifs qui m’étaient inconnus, mais je me suis rendu compte que tout ce qu’il y a au musée, nous le reproduisons encore. Cela m’a étonné et réjoui de constater que la transmission de ce savoir est encore d’actualité. Je cherche à établir un répertoire de tous les motifs wayana et apalaï : je les dessine, je les étudie avec les tuwalon, « les sages », ceux qui connaissent, j’enregistre leur nom et note sur quelle catégorie d’objet ils étaient utilisés ».

  • [ 1 - 8 ] Population Wayana Guyane française (haut Maroni), Suriname, Brésil
  • [ 1 - 3 ] Ciels de case, Maluwana , pigments naturels

Sur ces disques – fixés au sommet du poteau central de la maison collective tukusipan – sont figurés des chenilles à deux têtes, des oiseaux, des êtres aquatiques, des animaux et parfois un personnage humain, le Kalipono. Ces êtres mythiques protègent le village et ses habitants des esprits venus d’ailleurs et potentiellement dangereux. Leur protection est particulièrement importante lors des rituels, d’où l’importance de les réaliser dans un village doté d’un tukusipan.

  • [ 1 ] Milieu du 20e siècle Don H. Boudier – 71.1985.66.1
  • [ 2 ] 1900-1938 Mission Paul Sangnier – 71.1939.25.194
  • [ 3 ] 1850-1879 Mission Jules Crévaux – 71.1881.34.86
  • [ 4 - 7 ] Spatules 1880-1885 bois Mission Henri Coudreau Les spatules en bois "kuje" sont employées pour touiller la sauce de manioc "tuma".
  • [ 4 ] Motifs d’épine de fromager "kumaka ekï" – 71.1890.93.61
  • [ 5 ] Motifs de chenille "kuluwayak" 71.1890.93.65
  • [ 6 ] 71.1890.93.66
  • [ 7 ] Motifs de rostre de poisson "mapala potïtpë" – 71.1890.93.67
  • [ 8 ] Massue d’apparat 1880-1885 bois, coton

Lors des fêtes, les hommes s’en servaient comme « garde du corps ». Avec leur massue, ils exhibaient leur courage mais aussi leur habilité artistique. Motifs de pattes de phasme ëkïipala amo.Mission Henri Coudreau - 71.1890.93.312

Cartels des ciels de case et spatules

[ 9 - 14 ] Population Wayana ; Guyane française (haut Maroni), Suriname, Brésil

[ 9, 10 ] Ornements dorsaux ; Mïkahpa ; coton, roseau, plumes, élytres de coléoptère, argile peinte
Portés par les hommes et les femmes initiés lors de la fête ultime du maraké, le rituel d’initiation wayana.

  • [ 9 ] Motif du crabe kalapu ou sipalat ; 19e siècle ; Don de l’anthropologue et explorateur Herman ten Kate - 71.1881.107.23
  • [ 10 ] Motif du jaguar kuweimë ; 1960-1972 ; Ancienne collection Roberta Rivin-Schuldenfrei (achat) - 70.2008.41.53

[ 11, 12 ] Tabliers de femme, Weju ; perles de verre, coton ; Costume cérémoniel féminin.

  • [ 11 ] 1880-1885 Mission Henri Coudreau - 71.1890.93.2
  • [ 12 ] Motifs de quatre jaguars kaïkuï ; au centre une perdrix et un jaguar ; 1960-1972 ; Ancienne collection Roberta Rivin-Schuldenfrei (achat) - 70.2008.41.70

[ 13 ] Éventail à feu, anapamïi ; 1987 ; roseau, f ibres végétales.
Il sert à attiser le feu et pour la préparation de la cassave, grande galette de manioc. Motif de jaguar ihtaino mangeant un petit poisson ilikai, situé au centre de chaque motif latéral. Don Marion Rembur - 71.1987

[ 14 ] Boîte, pakala ; 16e - 18e siècles ; Motif de rostre de guêpe okomë potïtpë. ; Ancienne collection de la Bibliothèque nationale de France - 71.1878.32.258.1-2

Parallèlement à l’étude des motifs graphiques du répertoire ornemental traditionnel des Wayana, Mataliwa Kuliyaman recueille et transcrit l’ensemble des récits mythiques racontant l’origine des divers motifs graphiques traditionnels.

Cartels des ornements dorsaux, éventail, boite...

Parures et ornements

les esthétiques

Une multitude d’êtres cohabitent en Amazonie dont les humains, les ennemis, les morts, les animaux et les végétaux, ainsi que différentes entités.

  • Les humains se distinguent par leurs parures spécifiques : pour être (et rester) humain, il faut être beau. Les noms par lesquels les peuples amazoniens s’auto-désignent se traduisent fréquemment par « humains » ou « vrais humains », par opposition à d’autres gens, comme les morts ou les ennemis qui, eux, ne sont pas vus comme des êtres humains accomplis.
  • Les parures amazoniennes ne concernent pas seulement la beauté et l’esthétique. Les couleurs, les formes et les matériaux choisis transforment les corps ainsi ornés : un collier de griffes ou de crocs dote son porteur des capacités meurtrières des fauves ; la forme d’une coiffe évoquant un oiseau incarne la sociabilité de la gent ailée.
  • Certains ornements peuvent être portés librement, alors que d’autres sont réservés à des clans particuliers, ou être d’usage masculin, féminin, destinés à l’adulte ou à l’enfant.

Les cultures amazoniennes élaborent d’une façon particulièrement riche la notion de corps humain. Celui­-ci n’est pas une chose naturelle ; au contraire, la personne est construite par la société. La production physique des êtres humains est une entreprise éminemment sociale : les corps sont peints, parés ou perforés, nourris ou privés de certains aliments, mis à l’abri ou exposés.

Par exemple, lors de rites de passage, les oreilles et les lèvres des jeunes kisêdjê étaient percées et ornées afin qu’ils puissent acquérir les compétences auditives (écoute attentive et bonne compré­ hension) et verbales (éloquence orale et chant performant). Ces interventions visent à faire entrer dans le corps humain des qualités désirables et à construire de vraies personnes.

[ 1 - ­ 5 ] Parures Shuar, Équateur, Pérou, Fin du 19e siècle, début du 20e siècle.

  • [ 1 ] Ornement d’oreille ; bambou, élytres de coléoptère, plumes, cheveux ; Mission Bertrand Flornoy - 71.1938.67.28.1
  • [ 2 ] Collier ; dents de singe et de jaguar, fibres végétales, perles ; Robert de Wavrin - 71.1930.39.45
  • [ 3 ] Ornement dorsal ; fémurs d’oiseaux, plumes, dents de singe, graines, élytres de coléoptère, coton ; Don anonyme - 71.1898.21.2
  • [ 4, 5 ] Pendants de bonnet ; élytres de coléoptère, cheveux ; Don anonyme - 71.1898.21.7, 71.1898.21.8

[ 6, 7 ] Parures Rikbaktsa ; Brésil, Mato Grosso ; Deuxième moitié du 20e siècle ; Ancienne collection Roberta Rivin­Schuldenfrei

  • [ 6 ] Collier féminin ; plumes, carapace de tatou, coquillages, coton, noix de palmier - 70.2010.1.21
  • [ 7 ] Brassards masculins ; plumes, coquillages, coton ; 70.2010.1.24.1­2

[ 8 - ­ 12 ] Parures Ka’apor ; Brésil, État de Maranhão Deuxième moitié du 20e siècle ; Ancienne collection Roberta Rivin­Schuldenfrei

  • [ 8 ] Coiffe masculine ; plumes, coton - 70.2010.1.55
  • [ 9 ] Collier masculin ; plumes, f ibres végétales, côtes de serpent - 70.2010.1.66
  • [ 10 ] Peigne féminin (porté sur la tête) ; plumes, fibres végétales, bois, cire d’abeille - 70.2010.1.48
  • [ 11 ] Collier féminin ; plumes, f ibres végétales, cire d’abeille - 70.2010.1.62
  • [ 12 ] Ceinture féminine ; plumes, graines, fibres végétales - 70.2010.1.88

 

Les cartels des parures

 

 

Le manioc

Domestiqué en Amazonie il y a probablement plus de 7000 ans, le manioc demeure la base de l’alimentation de la majorité des groupes amérindiens de cette région. Il existe deux ensembles de variétés, les douces qui ne sont pas toxiques et les amères qui exigent une préparation rigoureuse afin d’éliminer le cyanure. Une fois épluchés et rappés, les maniocs sont pressés dans un long tube de vannerie afin d’éliminer leur jus toxique. La pâte ainsi pressée et tamisée sera utilisée dans de nombreuses préparations : farine, galettes consommées durant les repas ou servant de base à la préparation de la bière de manioc.

  • [ 1 ] Bouteille à anse-goulot en étrier ; Culture Mochica, Côte Nord du Pérou , 100 avant J.-C. - 700 après J.-C. terre cuite rouge engobée de blanc Sa forme de yucca (manioc doux) indique de très anciens échanges entre l’Amazonie et les Andes Don Auguste Lemoyne, ancienne collection musée du Louvre - 71.1887.114.62.
  • [ 2 ] Hotte ; Population Wayana, Guyane française, fleuve Lawa, Kawatop ; 1920-1950 ; arouman, roseau, liane, coton Portée sur le dos à l’aide d’un bandeau de portage, la hotte est utilisée au quotidien pour ramener au village les cultures de l’abattis, en particulier les racines de manioc. Don Edgar Aubert de la Rüe - 71.1951.7.16
  • [ 3 ] Râpe à manioc, Population Piaroa  Venezuela 1950-1968 bois, résine rouge Ancienne collection Lajos Boglar (ethnologue hongrois au musée d’ethnographie de Budapest) - 71.1968.52.1
  • [ 4 - 7 ]
  • Couleuvres à manioc, Utilisés pour presser le manioc amer (toxique), ces pressoirs sont littéralement, pour les Amérindiens, la représentation de l’anaconda et de son tube digestif. vannerie
  • [ 4 ] Guyane Fin du 19e siècle Don Maurice Guffroy, administrateur de la Cie des mines d’or de la Guyane hollandaise (aujourd’hui Suriname) - 71.1901.26.88
  • [ 5 ] Population Wayana, Guyane, fleuve Litani ; Teponaïke 1900-1938 Mission Paul Sangnier, explorateur et ethnologue – 71.1939.25.234
  • [ 6 ] Population Teko, Guyane ; Début du 20e siècle Don Madame Pain – 71.1999.22.33
  • [ 7 ] Population Kali’na Guyane 16e - 18e siècle Dépôt de la Bibliothèque municipale de Versailles 71.1934.33.239 D
  • [ 8 ] Couleuvre à manioc ; Population Guarayo, Bolivie ; Début du 20e siècle ; Donateur Jacqueline Cléry. Ancienne collection Paul Cibot - 71.1978.89.4
  • [ 9 ] Plat ; Population Makiritare Venezuela, Haut-Orénoque ; Fin du 19e siècle. Don Jean Chaffanjon – 71.1885.90.5
  • [ 10 ] Plat pour recueillir la farine de manioc ; Population Wayana, Guyane, Fleuve Litani, Teponaïke ; Début du 20e siècle ; Mission Paul Sangnier, explorateur et ethnologue - 71.1939.25.273
  • [ 11, 12 ]
  • Eventails à feu ; Utilisés pour attiser le feu, pour étaler la farine sur la plaque et cuisson et retourner les galettes de manioc.
  • [ 11 ] Population Wayãpi, Guyane 1960-1975 ; fibres végétales tressées : Mission Pierre et Françoise Grenand, ethnologues - 71.1975.9.101
  • [ 12 ] Population Apalaï ; Brésil, Etat du Pará, Rio Paru1850-1879Don Jules Crevaux – 71.1881.34.153
  • [ 13 ] Bol ; Population Kali’na ; Guyane ; 1920-1953 ; terre cuite ; Utilisé pour boire la bière de manioc. Don Guy Charpentier, Suzanne Vianès – 71.1961.83.6

Cartels détaillés de la vitrine consacrée au manioc

Chasse, guerre et cannibalisme

Menée quotidiennement, la chasse est une pratique extrêmement valorisée en Amazonie. La guerre est identifiée à une forme de chasse. Etre un guerrier, c’est se donner un corps de jaguar et traiter son ennemi comme une proie. Le cannibalisme de guerre pratiqué jadis par nombre de sociétés amazoniennes s’inscrit dans cette logique prédatrice. Les casse-têtes et massues faisaient partie des armes utilisées au combat ou servaient pour l’exécution des guerriers ennemis capturés avant qu’ils ne fussent « dévorés » comme du gibier.  

  • [ 1 ] Casse-tête ; Population Tupinamba, Brésil, baie de Rio de Janeiro ; 16e siècle ; bois, coton, fibres végétales, plumes. Pièce collectée au milieu du 16e siècle, cette massue, nommée iwera pemme par les Tupinamba, servait à la mise à mort des captifs avant qu’ils ne soient mangés selon des rituels sacrificiels. Sa poignée est garnie d’un manchon de coton d’où pendent de grosses franges jadis couvertes de plumes. Don Musée de l’Armée - 71.1917.3.62
  • [ 2 - 5 ] Massues des Guyanes ; Armes des guerriers amérindiens des côtes guyanaises, peut-être des Kali’na, passées aux 17e et 18e siècles par les cabinets de curiosités des rois de France et de quelques aristocrates. 17e et 18e siècles ; bois.
  • [ 2 ] Musée de l’Armée, ancienne coll. Bibliothèque Nationale - 71.1917.3.80
  • [ 3 ] Dépôt de la Bibliothèque municipale de Versailles - 71.1934.33.75 D
  • [ 4 ] Ancienne coll. Bibliothèque nationale - 71.1878.32.282
  • [ 5 ] Ancienne coll. Muséum national d’histoire naturelle - 71.1881.17.2
  • [ 6 ] Massue ; Population Mebêngôkre (Kayapó) Brésil, État du Mato Grosso ou État du Pará, Rio Xingu 2010 bois, bambou, liane, coton teint Cette massue a été donnée par Ropni Metyktire, grand leader autochtone connu sous le nom de Cacique Raoni. Elle évoque la puissance guerrière du peuple Mebêngôkre (Kayapó), force toujours présente dans leur lutte contemporaine pour défendre leurs droits et territoires. Don Ropni Metyktire (Cacique Raoni) - 70.2010.21.1

 

Cartels détailllés

Masques wauja de guérison

Il existe chez les Wauja du Xingu de nombreuses catégories de masques qui actualisent une grande variété d’esprits. Les masques ne sont pas des parures, mais des « vêtements » de certaines entités spirituelles ou animales. Un humain s’habille avec un masque afin de rendre présent un non-humain, incorporant ainsi de façon effective le prototype réel ou imaginaire dont le masque est un avatar : telle espèce animale ou telle sorte d’esprit que l’on pourra reconnaître grâce à certains détails caractéristiques.

Les masques wauja personnifient principalement des esprits prédateurs, ordinairement invisibles, sources à la fois des maladies qui affligent les humains et des moyens de les guérir. Ces entités, qui forment des populations diverses organisées selon les mêmes principes que la société des humains, sont convoquées par les villageois lors de grands rituels collectifs à buts thérapeutiques.

1 ] Masque figurant l’esprit du poisson yuma  Populaton Wauja Brésil, État du Mato Grosso,
Haut Xingu 20e siècle ; bois de caroba, fibres de palmier, coton, coquillage, maxillaire de poisson

Ce type de masque est utilisé pendant la saison sèche, ou s’il y a eu des malades dans le village. Par eux, les Wauja chassent l’ombre ou l’esprit qui est la cause de la maladie.Collecté sur le terrain par Niede Guidon, anthropologue, musée du quai Branly - Jacques Chirac - 71.1967.63.6

[ 2 ] Masque figurant l’esprit du poisson yuma Population Wauja ; Brésil, État du Mato Grosso, Haut Xingu ; 20e siècle ; bois de caroba, fibres de palmier, coton, coquillage, maxillaire de poisson.

Ce type de masque est utilisé pendant la saison sèche, ou s’il y a eu des malades dans le village. Par eux, les Wauja chassent l’ombre ou l’esprit qui est la cause de la maladie. Collecté sur le terrain par Harald Schultz, anthropologue. Ancienne collection Alicia Rossi, achat en vente publique, musée du quai Branly - Jacques Chirac 70.2018.1.1

Cartels détaillés des masques wauja