Te ra‘i puā tāta, croquis vivant

Une œuvre de l'artiste contemporaine Orama Nigou sur le Plateau des collections

Contenu

Une œuvre de l’artiste Orama Nigou, à découvrir depuis décembre 2025 en zone Océanie sur le plateau des collections. Elle revisite les traditions polynésiennes en réinterprétant les emblèmes de pouvoir des îles de la Société.

Te ra‘i puā tāta, croquis vivant

Îles de la Société

L’œuvre contemporaine Te ra‘i puā tāta, croquis vivant qui se déploie au cœur de cette vitrine résulte de plusieurs années de recherche et d'expérimentation menées par Orama Nigou sur les techniques de plumasserie anciennes des îles de la Société. L’artiste a conçu cette pièce comme une réinterprétation contemporaine des ceintures de haut rang, maro ‘ura, autrefois associées aux plus grands chefs. 

Origine et signification du nom

Une seule représentation de ces emblèmes de pouvoir nous est parvenue : un croquis réalisé par William Bligh, en 1792, portant la mention « Terràboo,uttatah ». Bligh transcrivait ainsi le nom donné à tous les maro ‘ura : te ra‘i puā tāta. Ce dernier renvoie au récit cosmogonique de la naissance du premier jour, lorsque les roseaux à la floraison rouge (puā) soutinrent le ciel (ra‘i) au moment de l’aurore (tātaiao).

 

Une réinterprétation contemporaine

Une telle flamboyance est étroitement associée au sacré en Polynésie, et c’est elle qu’Orama Nigou a traduite en utilisant comme autrefois des plumes et du tapa mais aussi des matériaux exogènes dont du tissu et des fils de cuivre. Les techniques employées s’inspirent directement du fragment textile considéré à ce jour comme le seul vestige des maro‘ura d’autrefois, actuellement exposé à Te Fare Iamanaha – le musée de Tahiti et des Îles. 

Association avec un réceptacle du dieu Ta‘aroa

Te ra‘i puā tāta, croquis vivant est ici associé à un respectable d’essence divine, ou to‘o, de première importance. Envoyé par le chef Pōmare II au révérend Th. Haweis de la London Missionnary Society en 1818, il est alors entièrement recouvert du fragment de maro ‘ura 71.1964.24.1.2, qui se trouve aujourd’hui à Te Fare Iamanaha – le musée de Tahiti et des Îles, et des pendeloques āraimoana qui sont présentées à ses côtés. Dans la lettre qui accompagne l’envoi de Pōmare II à Haweis, il décrit le to‘o comme une « idole » de Ta‘aroa, le dieu démiurge du panthéon polynésien. 

La vitrine en images

Vue sur la vitrine "Te ra‘i puā tāta, croquis vivant" - décembre 2025

© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Julien Brachhammer

Te ra‘i puā tāta : la performance de création

Présentation de l’œuvre

Il a fallu des mois de travail à Orama Nigou, artiste plumassière originaire de Raʻiātea, pour créer Te ra‘i puā tāta, croquis vivant. Cette œuvre réinterprète de façon contemporaine les grandes ceintures de plumes autrefois emblématiques du pouvoir des plus grands chefs aux îles de la Société. Sa fabrication s’est achevée le 14 novembre 2025 à Te Fare Iamanaha-le musée du Tahiti et des îles, face à l’œuvre historique dont elle s’est inspirée. 

Une performance de création unique

Au cours d’une performance de 3h30, l’artiste a terminé de parer l’étoffe de petits bouquets de plumes dont elle choisissait progressivement les nuances, et qu’elle juxtaposait avec soin grâce aux techniques de couture et ligature dont elle a l’expertise. La touche finale consista à intégrer à l’œuvre une mèche de ses cheveux et, au revers, les aiguilles ayant servi à sa confection. Les sources historiques indiquent en effet que l’aiguille qui servait à fabriquer les maro ‘ura, et à y ajouter des festons de plumes lors de grands événements, demeurait toujours dans l’ouvrage.

De même, la coiffe de plumes et coquillages que portait l’artiste rappelle celle décrite dans la littérature, associée aux ceintures maro ‘ura.

La vidéo à découvrir

  • La vidéo ci-dessous (durée : 8 min 30) révèle les gestes au cœur du processus de fabrication de l’œuvre et transcrit de façon poétique la dimension performative de l’art d’Orama Nigou.
Si la vidéo ne s’affiche pas, ouvrez-la dans une nouvelle fenêtre.

En ligne 

rencontre avec Orama Nigou

  • Réécoutez la rencontre du 14 décembre 2025 au salon de lecture dans le cadre de l’acquisition par le musée de l’œuvre de l’artiste :
musée du quai Branly - Jacques Chirac · " Te ra‘i puā tāta, croquis vivant" avec l'artiste Orama Nigou le 14 décembre 2025

Cartels détaillés

[1] Orama Nigou, Te ra‘i puā tāta, croquis vivant 2025

  • Tapa de 'ora (banian, Ficus proxila) ou de aute (mûrier à papier, Broussonetia papyrifera), fils de coton, plumes d'oie et de collet de coq, fils de cuivre étamé, pigments industriels, tissu (coton), cheveux, aiguilles métalliques
  • Commande auprès de l’artiste 
  • Z1111637

 

Orama Nigou, Te ra‘i puā tāta, croquis vivant 2025

Objet religieux liés aux chefs et aux ceintures de haut rang maro ‘ura 

  • Avant 1818
  • Ancienne collection de la famille royale Pōmare, du révérend Thomas Haweis, membre fondateur de la London Missionary Society, puis de Kenneth John Hewett (1919-1994) et de Charles Ratton (1895-1986), collectionneurs et galeristes. Achat du musée de l’Homme à Charles Ratton en 1964.


[2] To‘o, réceptacle d’essence divine

  • Cordelettes de fibres de coco torsadées et tressées, plumes, étoffe de liber battu (tapa), bois
  • En 1818, lorsque le chef Pōmare II fait parvenir au révérend Thomas Haweis quelques objets liés à l'ancienne religion encore en sa possession, dont ce to‘o, le don s'accompagne d'une lettre. Le to‘o y est désigné comme une « idole » de Ta‘aroa, le dieu démiurge du panthéon préchrétien aux îles de la Société. Cette mention est rare et précieuse. Les to‘o sont en effet plus souvent associés au dieu ‘Oro, fils de Ta‘aroa, dont le culte se développe à la fin du 19e siècle.
  • 71.1964.24.1.1 


[3 – 7] Āraimoana, éléments de to‘o

  • Cordelettes de fibres de coco torsadées et tressées, plumes, étoffe de liber battu (tapa)
  • Les āraimoana (panaches ou faisceaux) sont des pendeloques en fibres végétales, ornées de plumes et parfois de tapa. Elles étaient attachées à l'enveloppe du to‘o qu’elles couvraient d’éléments mobiles aux teintes contrastées : jaunes, rouges, noires et blanches. Une fois chargées du pouvoir émanant du to‘o, elles étaient redistribuées et accompagnaient la plupart des pratiques rituelles.
  • 71.1964.24.1.3 ; 71.1964.24.1.5-7 ; 71.1964.24.1.11 (à voir dans la base de données)

 

Objet religieux liés aux chefs et aux ceintures de haut rang maro ‘ura