Playlist "Mexica"

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Prolongez en musique l'immersion au cœur de la culture mexica, au travers d'une sélection de titres réalisée par l'ethnomusicologue Renaud Brizard.

Les musiciens mexicains contemporains ont développé un imaginaire sonore autour des Mexicas et des autres civilisations mésoaméricaines anciennes. Dès les années 1980, des compositeurs tels que Jorge Reyes, Luis Perez ou Xochimoki créent une musique ambient à partir des instruments traditionnels précolombiens (aérophones et idiophones). Depuis une dizaine d’années, une nouvelle génération de musiciens mexicains avant-gardistes réimaginent les musiques électroniques en s’affranchissant des codes extérieurs et en puisant dans la culture et l’histoire de leur pays.

Ils produisent des compositions dansantes pour les clubs, chargées de spiritualité mais qui témoignent aussi de leur contexte social (notamment la présence de la violence dans la société mexicaine). Une partie de leurs œuvres est inspirée par des divinités ou des concepts de la cosmogonie mexica ainsi que par des lieux et des personnages de l’histoire des Mexicas.

Laissez-vous guider dans cette exploration des musiques électroniques mexicaines !

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Jorge Reyes (1953-2009) a fondé dans les années 1970 plusieurs groupes influencés par le rock britannique (Pink Floyd, Jethro Tull) mais incorporant des instruments traditionnels avant de fonder en 1980 Chac Mool, le premier groupe de rock progressif mexicain.L’expression chac mool désigne un type de sculpture méso-américain représentant un personnage couché.

Au milieu des années 1980, il mène sa carrière en solo et compose plusieurs albums de musique ambient à partir d’instruments précolombiens. En 1994, il
publie l’album The Flayed God en collaboration avec le compositeur américain Steve Roach. Le flayed god, "dieu écorché" en français, n’est autre que Xipe Topec, le dieu mexica du renouveau de la nature et de l'agriculture.

Jorge Reyes - "Nahual Negro" & "Xipo Totec"

Lao est un musicien mexicain reconnu internationalement. Il est l’un des fondateurs de NAAFI Records et dirige Extasis Records, deux labels mexicains de musique électronique underground. En février 2024, il a publié un album intitulé Chapultepec, la "colline des sauterelles" en nahuatl, d’après le nom du grand parc qui sert de poumon à la ville de Mexico.

Les 19 morceaux qui oscillent entre les genres ambient, jungle, rave et tribal ont été inspirés par ce lieu qui a joué un grand rôle dans l’histoire de Mexico et qui a été le premier point de fixation des Mexicas dans la zone, au 12e siècle. L’atmosphère aquatique de l’album rend hommage à l’aqueduc qui acheminait l’eau douce depuis Chapultepec jusqu’à la capitale des Mexicas, après leur établissement à Tenochtitlan, ainsi qu’à son instigateur, Nezahualcóyotl, le tlatoani (le chef) de Texcoco, la cité alliée.

Lao - "Chapultepec"

El Irreal Veintiuno produit une musique électronique sombre, mystique, expérimentale qui mélange différents styles latino-américains comme la cumbia, la tribal house et le dembow mais aussi la techno. L’ambiance de ses productions sonores est souvent inspirée par les civilisations précolombiennes mexicaines.

À partir de l’histoire du dieu Quetzalcoatl, il a imaginé son album Irrealidades, publié en mars 2023 sur le label mexicain Infinite Machine,et sur lequel on retrouve le titre "Un Respiro". Pour cet opus, El Irreal Veintiuno a développé l’hypothèse selon laquelle la société mexicaine est plongée dans un cycle de violence dans l’attente du retour du dieu "serpent à plumes de quetzal" qui marquera la fin des temps. Sur la pochette, on peut voir deux statues représentant Chalchiuhtlicue, la déesse mexica des rivières, des lacs et de la mer.

En 2022, le musicien mexicain avait publié le morceau "Mictlán", le nom de l’espace des morts dans la mythologie mexica. La pochette du single est illustrée avec une statuette de Mictlantecuhtli, le dieu qui règne sur ce royaume des morts.

El Irreal Veintiuno - "Un Respiro" & "Mictlan"

Iñigo Vontier est un musicien électronique mexicain originaire de Guadalajara, dans l’ouest du pays. Depuis le début des années 2010, il a une carrière internationale et a fondé son propre label : Calypso Records. Sa musique est à la fois planante, hypnotique et psychédélique.

Dès son enfance, il s’est intéressé aux civilisations mexica et maya, ainsi qu’à la culture du peuple huichol. En 2017, il a sorti le mini-album Aluxes sur le label
français Lumière noire. Le terme aluxes désigne dans la culture maya du sud-est du Mexique des esprits, semblables à de petits lutins, qui vivent dans la nature et protègent le monde souterrain.

Iñigo Vontier - "Aluxes"

Sandunga est une musicienne électronique chevronnée originaire de la ville de Cholula, dans l’État de Puebla. Son style est un mélange de musiques électroniques variées (tropical bass, juke, bass), de références au Mexique pré-hispanique et d’ambiances mystiques.

En janvier 2024, le label WVWV de DJ Fucci a publié son mini-album intitulé Tzompantli, "mur de crânes" en nahuatl, et qui est une référence à l’ossuaire en bois sur lequel étaient disposés les crânes de sacrifiés dans plusieurs cultures méso-américaines. Parmi les morceaux de cet opus, on trouve "Tezcatlipoca", du nom du dieu mexica le plus craint, celui de la guerre et des ténèbres.

Sandunga - "Tezcatlipoca"

DJ Fucci fait partie des musiciens les plus prometteurs de la scène mexicaine électronique underground. Chacune de ses sorties est une exploration de la culture de son pays.

En 2023, son mini-album Milpa (terme nahuatl qui signifie"ce qui pousse sur la parcelle" ) est un hommage au maïs, au haricot, ou encore au piment, qui forment la base de l’alimentation au Mexique. Deux ans auparavant, il avait publié un autre mini-album intitulé Tetzahuitl, sur son propre label, WVWV.

Le mot nahuatl "tetzahuitl" désigne à la fois les présages et les manifestations des dieux dans le monde des humains. DJ Fucci a voulu explorer la cosmogonie nahua et sa conception complexe du destin.

DJ Fucci - "Ritual", "Tetzahuitl" & "Frijol"