prix pour la photographie 2024
À l’approche de mes 35 ans, je me suis retrouvée propulsée dans mon corps d’adolescence, une période pendant laquelle j’avais soudainement perdu contact avec mon corps, sous l’effet d’une peur intangible.
À chaque cycle lunaire, je ressens désormais un silence collectif où résonnent une myriade de voix inquiètes. Le corps semble y accomplir un rituel de deuil récurrent qui se conclu par le un renouvellement des notions de sens et de jeu.
Pour moi, comme pour beaucoup d’autres, les menstruations se limitent à une expérience intense d’anticipation, de fatigue, de douleur, de tabou culturel et au malaise d’être en décalage avec le monde. Le tout répété, comme sous l’emprise d’un étrange sortilège.
J’apprends aujourd’hui à déchiffrer le langage menstruel de mon corps et ses effets sur mon esprit, à découvrir la nature changeante de mes identités sexuelles, émotionnelles et spirituelles – pour renouer avec cet état de ferveur sauvage et primitive qui fait appel à la fois au délire et à la clarté des sens.
CUSP propose une enquête sur le fonctionnement interne du rythme cyclique cosmique dans le corps des femmes et les changements induits en périodes de menstruation. En examinant la relation physique, émotionnelle et spirituelle que les femmes entretiennent avec leur corps, Priyadarshini Ravichandran cherche à explorer les différents états physiologiques et psychologiques à chaque phase du cycle menstruel.
Sa recherche s’appuie sur des écrits académiques, sur la littérature régionale, mythologique et poétique, et se nourrit également d’activités menées par des associations et de contacts établis avec des professionnelles de la santé. Puisant dans ces différents récits et expériences, elle construit un langage photographique spécifique composé d’images symboliques pour traduire ces sensations intérieures.
