Le 15 mars 2023

Actualité de l'ethnomusicologie

"Petits pays, grandes musiques" & "Un sacré bazar"

Rencontre avec les ethnologues Bernard Lortat-Jacob et Nicolas Prévôt sur leurs expériences respectives, leurs recherches et leurs dernières publications.

à propos des livres présentés

Petits pays, grandes musiques - Le parcours d’un ethnomusicologue en Méditerranée

  • de Bernard Lortat-Jacob

Synthèse d’une vie de chercheur, d’enseignant et de musicien, le présent ouvrage de l’ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob offre une vision panoramique des musiques populaires des pays parcourus par l’auteur (Maroc, Sardaigne, Roumanie, Albanie) en même temps qu’une leçon magistrale de musicologie. De la même façon que, de tout temps, et sans l’aide de l’écriture, les sociétés humaines ont su édifier des systèmes politiques, échafauder des cosmogonies, penser des procédures juridiques, imaginer des techniques complexes, produire des merveilles d’art plastique, de façon analogue, ces mêmes sociétés font résonner des chefs-d’œuvre de la polyphonie vocale, le plus souvent ignorés de nos contemporains. Petits pays (simples villages gouvernés par la tradition), grandes musiques (sublimes chœurs d’hommes faisant vivre une improvisation toujours renouvelée), l’ouvrage de Bernard Lortat-Jacob introduit le lecteur dans l’intimité des cultures populaires, donnant à comprendre que, conformément à la formule de Gilbert Rouget, « la musique, c’est toujours beaucoup plus que la musique ».
Sous la plume de Giovanni Giuriati, la préface retrace le parcours de l’auteur, « figure centrale de l’ethnomusicologie européenne », tandis que dans une postface/volte-face inédite, l’auteur lui-même explique le pourquoi et le comment de son évolution personnelle sur plus de trente ans.

Un sacré bazar, Musique, possession et ivresse en Inde centrale

  • de Nicolas Prévôt

Un sacré bazar est la chronique ethnographique de deux jours de rituel au Bastar, en Inde centrale. Imposant la règle des trois unités (temps, lieu, action) à son exposé scientifique, l’auteur brosse les portraits des protagonistes du rituel — hommes, dieux et ancêtres —, présentés dans le vif de leurs interactions, au fur et à mesure de leur apparition dans le rituel. En amenant tout au long du récit les données nécessaires à la compréhension du système social et religieux, ce livre reconstitue, condensés en deux journées, les détours d’une longue enquête ethnomusicologique, faite de fourvoiements et d’allers-retours, à la recherche du sens de la musique qui est au cœur de ce rituel de possession. Ainsi, pendant les deux journées qu’il nous fait vivre intensément, apparaissent peu à peu la logique et les dynamiques d’un système tout à la fois musical, rituel, social et cosmologique. Partant de ce qui apparaît d’abord aux yeux et aux oreilles de l’ethnologue comme un « sacré bazar », on parvient ainsi progressivement à interpréter ce rituel deo bajar qu’il convient plutôt d’appeler « bazar sacré » ou « marché des dieux ».
Cet ouvrage propose un nouvel éclairage — par le prisme de la musique — sur une forme répandue d’hindouisme local trop souvent présentée en Inde comme un « animisme tribal ». Il contribue plus largement à la compréhension des rapports qui unissent si étroitement, partout dans le monde, les phénomènes de transe de possession à la musique. Enfin, comparant musique et alcool en tant que substances, il montre comment elles agissent de manière complémentaire sur les hommes, si bien que l’ivresse devient une forme de possession.
Les quelques passages analysant la musique ont été soigneusement circonscrits et synthétisés pour que cet ouvrage soit pleinement accessible aux non-musicologues.

 

  • les intervenants

    • Ethnomusicologue, directeur de recherche honoraire au CNRS, Bernard Lortat-Jacob a été président fondateur de la Société française d’ethnomusicologie et, durant près de deux décennies, responsable du laboratoire d’ethnomusicologie du musée de l’Homme. Tout au long de sa carrière (il est né en 1941), B. L.-J., dont les recherches portent sur les musiques de village au Maroc, en Sardaigne, en Roumanie et en Albanie, s’est efforcé d’approcher la musique en tant que fait social, sans rien négliger de ses dimensions formelles ni de ses mécanismes intimes. Son ethnologie est donc celle du « grand écart » : de la vibration des cordes vocales aux rumeurs de la piazza.
    • Maître de conférences à l’université Paris Nanterre, responsable du master Ethnomusicologie et anthropologie de la danse, Nicolas Prévôt est membre du Centre de recherche en ethnomusicologie (LESC-CREM, CNRS). Tromboniste, il s’est d’abord passionné pour les fanfares rom en Macédoine et les enjeux identitaires et idéologiques liés à leurs musiques. Attiré en Inde par la musique classique hindoustanie, il s’est finalement intéressé aux musiques populaires et rurales, bien moins étudiées et encore très méconnues. Dans ses recherches sur les rituels de possession en Inde centrale, il met en rapport la structure musicale du répertoire avec l’organisation des panthéons villageois. Dans les Balkans comme en Inde, ses recherches portent également sur le statut et le pouvoir des artisans de la musique.En tant qu’enseignant, il s’intéresse par ailleurs à l’ethnomusicologie impliquée et dirige le projet de recherche-action et de formation (Labex) Immersions, qui a donné lieu à la création du webdocumentaire Inouï. Musiques du monde de Nanterre (www.inouiwebdoc.fr).

       

  • Lieu :   Salon de lecture Jacques Kerchache
  • Dates :
    Le mercredi 15 mars 2023 de 17:00 à 19:00
  • Accessibilité :
    • Handicap auditif bim (T)
    • Handicap moteur
  • Public :   Tous publics
  • Categorie : Les RDV du salon de lecture Jacques Kerchache
  • Gratuit (dans la limite des places disponibles)

Les publications

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